Inauguration de la place et du square Léo Ferré

Un vidéo de Frantz Vaillant
Samedi 24 octobre 2009, 11h45

Paris offre enfin une place et un square à Léo Ferré

Enfin, ce jour tant attendu est arrivé ! C’est l’inauguration du square Léo-Ferré, qui vient ponctuer un long combat. Normalement, au vu de l’œuvre de Léo Ferré, et ne serait-ce que de la façon dont il a chanté Paris, les édiles auraient dû, par elles-mêmes, prévoir un espace public à son nom.

Il n’en fut rien et, treize ans après sa mort, il n’y avait toujours rien. J’ai écrit une première lettre sur le sujet à Bertrand Delanoë le 31 octobre 2006. Face à l’inertie des pouvoirs publics, j’ai publié un article dans Libération, le 22 février 2008.

J’y déplorais que l’attribution de nom pour les espaces publics soit à l’image de ce qui se passait autrefois pour les logements : pour les proches mais pas au mérite -ce qui a eu pour effet de réveiller les élus. Christophe Girard m’a reçu peu après, et les choses se sont mises, lentement mais sûrement, en place.

Mon rêve initial était de débaptiser la rue dans laquelle j’habite, rue du Dahomey, pour la renommer rue Léo-Ferré. Le Dahomey n’existe plus. Et comme j’aurais kiffé d’habiter rue Léo-Ferré ! La classe absolue.

Mais on m’a expliqué qu’il n’était pas possible de débaptiser une rue : cela entraîne de nombreuses complications pour les riverains qui ne sont pas toujours d’accord pour changer cartes de visite, relevés d’identité bancaire etc.

J’ai alors jeté mon dévolu sur la place enclose dans le faubourg Saint-Antoine, où se situe le métro Faidherbe-Chaligny. En plus, c’est en face de la librairie Page 189, gérée par l’ami Alain Caron, grand fan lui aussi de Léo Ferré. Hélas, elle venait juste d’être baptisée.

Finalement, la mairie a proposé une petite place et un square dans le XIIe arrondissement, entre la rue de Citeaux et la rue Crozatier. Elle n’est pas très grande, mais aucune place n’étant de toute façon assez grande pour le talent de Léo, alors, va pour celle-ci !

J’ai reçu l’accord de la famille de Léo, Marie-Christine et ses enfants Mathieu, Manuella et Marie-Cécile.

Apres un premier cafouillage sur les dates, l’inauguration prévue le 5 septembre était reportée au 24 octobre, soit trois ans après mon premier courrier -pas idéal question météo pour un événement en plein air. Mais bon, on avait une date.

Le jour dit, il pleuvait finement, puis de plus en plus dru. Je rejoins Marie-Christine, Manuella et Marie-Cecile déjà sur place qui, avec beaucoup de gentillesse et d’émotion, me remercient pour mes efforts. Deux cent personnes sont là, qui bravent la pluie et les parapluies, amis anciens de Léo ou admirateurs, ravis de l’hommage.

Esther Palacci, nouvelle responsable du protocole, agit avec compétence en maîtresse de cérémonie. On déplace les chaises prévues du fait de la pluie et chacun se resserre autour du petit chapiteau.

Hélas, le protocole est formel. Sur le carton d’invitation figure une kyrielle d’élus qui doivent, pour beaucoup, se foutrent de Léo mais qui n’imaginent pas que leur nom ne figure pas sur tout document qui sorte de la mairie. Michèle Blumenthal, maire du XIIe, prend la première la parole.

Après une référence assez décalée à Saint-Exupéry, elle lit un discours qui a l’avantage d’être bref et a manifestement été écrit par un collaborateur qui connaît l’œuvre de Léo. Puis Richard Martin, patron du théâtre Toursky à Marseille, vieux complice de Léo, qui sort à peine d’une longue grève de la faim pour maintenir les subventions de son théâtre, lit, avec un souffle qui saisit l’assistance et force l’admiration de chacun, « Madame la misère ».

Un pur moment de bonheur, on a l’impression que Léo est présent, qu’il va venir au pupitre. Agnès Jaoui arrive un peu essoufflée et lit, à son tour, « A Saint Germain des Prés ». C’est au tour de Bertrand Delanoë qui improvise un hommage qui aurait gagné à être écrit.

Delanoë est sans conteste un bon orateur, mais visiblement pas un connaisseur de Léo Ferré. Pas un mot pour remercier ceux qui se battent depuis trois ans pour que le nom de Ferré soit donné à un espace public à Paris. Merci, c’est sympa.

Mais l’objectif essentiel est atteint, la mémoire de Léo est honorée, ses proches et admirateurs en sont heureux. Ça, ça fait chaud au cœur. Puis la sono passe : « Paris Canaille » sur un CD que j’ai fourni, les restrictions budgétaires empêchant certainement un achat si dispendieux.

Le maire et un quarteron d’élus, parmi lesquels Marie-Christine et ses filles, ont du mal à se frayer un chemin, dévoilent la plaque. Les yeux de Marie sont embués de larmes, j’ai du mal à réprimer les miennes. On reste là à bavarder, tout le monde se fout de la pluie.

Esther me donne une plaque au nom de Léo Ferré et me fait cadeau de la photo géante réalisée pour l’occasion.

On a laissé la pluie et les élus pour aller casser la croûte « Aux crocs », rue de Cotte. Marie avait amené de Toscane fromage et charcuterie et surtout le vin qu’elle fait elle-même. Une super ambiance entre 50 ou 60 fidèles sur fond de projection musicale et échanges chaleureux. Une véritable communion.

Léo nous fit la surprise de passer, il était avec chacun d’entre nous.

Je repartis chez moi avec ma plaque, ma photo et une bouteille offerte par Marie. J’étais « flanqué de Léo Ferré, qui était venu musarder sous nos chimères. C’est bête, il fallait y penser. Saluons-le. Au square Léo-Ferré ».


Pascal Boniface

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